Les trois sagesses chinoises

L'Être accompli 君子

L’Être accompli

jun zi

Confucius ne se souciait pas de savoir si l’être humain est naturellement bon ou mauvais – il laissera ce genre de débat à ses successeurs-, une seule chose compte à ses yeux :

l’être humain est perfectible.

En disant : « Mon enseignement s’adresse à tous, sans aucune discrimination », il a gravé dans le coeur des Chinois une indéracinable estime pour l’étude, la civilité, l’âge et la famille.

Seulement, pour qu’une idée nouvelle s’ancre dans la mentalité ambiante, il faut qu’elle porte un nom nouveau. L’honnête astuce de Confucius est de baptiser son idée d’une terme ancien auquel fut ainsi donnée une signification nouvelle.

Conscient que la noblesse de son temps a perdu tout respect des valeurs féodales, Confucius se fixe comme tâche de former des sortes de chevaliers laïques qui tiendraient leur noblesse non de leur naissance, mais de leurs seules qualités morales.

À cet idéal novateur, il donne comme nom un vieux terme nobiliaire, 君子 jūn zǐ , qui signifiait alors « fils de noble », voire simplement « noble sire »

Par le choix de cette expression, Confucius pose ouvertement que chacun peut accéder au statut de « fils de noble », indépendamment de son « origine de classe » (comme on dira au temps de Mao), uniquement par cette propension qu’il appelle: « étudier ».

Dan le texte des Entretiens, le personnage du jūn zǐ intervient souvent, particulièrement dans des parallélismes.

À une question posée, Confucius, au lieu de donner une solution, propose le choix entre deux attitudes dont l’une, adéquate, est attribuée au jūnzǐ, et l’autre, dissonante, au 小人 xiao ren, l’ « être petit », l’être mesquin, l’anti-modèle dont la seule utilité est de montrer ce qu’un confucéen digne de ce nom ne doit pas faire.

Par exemple :

« Chacun suit sa pente, l’être petit en la descendant, le jūn zǐ en la remontant » (Entretiens 14/23)

On retrouve également ce procédé comparatif dans le texte canonique du Yi Jing, signe supplémentaire de la communauté de pensée qui relie les deux textes. Par exemple, on lit :

« Le jūn zǐ obtient un chariot, l’être petit l’usure de sa cabane » (hexagramme 23, USURE, 6è trait) 

« L’être petit opère par force, le jūn zǐ opère sans » (hexagramme 34, GRAND FORCE, 3è trait) .

Grand Force

Dans le perspective ouverte par le maître des Entretiens, le jūn zǐ c’est vous, c’est moi, c’est toute personne qui, par l’étude, et notamment celle du Yi Jing, intègre une perception des situations qui lui permet de s’y comporter avec plus de justesse.

Le jun zi ne constitue pas un modèle par ses qualités innées,

mais parce qu’il est devenu ce qu’il est,

parce qu’il s’est accompli par lui-même.

De là est venu le nom que j’ai choisi de lui donner dans ma traduction du Yi Jing : l’ Être Accompli.

Être, et non pas « homme » car chaque être humain est concerné par cette tension vers l’amélioration;

Accompli, pour rappeler que c’est par le travail sur soi que l’on peut s’accomplir personnellement.

Confucius le disait bien :

« C’est l’être humain qui peut agrandir le dao,

ce n’est pas le dao qui peut agrandir l’être humain »

(Entretiens 15/29)

Quelles sont les valeurs éthiques et spirituelles des Chinois, et en quoi peuvent-elles nous parler ?

Les mots « dieu », « esprit », « immortalité » ont-ils pour eux le même sens qu’en Occident?

Le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme sont-ils des croyances, des philosophies, des sagesses ? À partir de sa connaissance intime de la Chine, Cyrille Javary, auteur d’une monumentale traduction du Yi Jing, nous introduit à la perception qu’ont les Chinois eux-mêmes de leur univers spirituel et nous donne les clefs pour l’appréhender. Du chamanisme archaïque et toujours vivace aux cultes contemporains, tel celui de Mao, en passant par les enseignements de Lao Zi et de Confucius, il retrace avec clarté une histoire plurimillénaire de rivalités  autant que de dialogues et d’influences. Surtout, il nous montre ce que ces sagesses ont d’universel.

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