100 mots pour comprendre les Chinois

Du langage comme grille d'organisation du réel

Jadis la Chine était au bout du monde, maintenant elle est au centre de nos préoccupations. Pourtant, plus elle prend de place dans notre quotidien, plus elle rste lointaine, mystérieuse et incompréhensible.

Il y a beaucoup de raisons à cela, dont l’une des plus évidentes est la plus méconnue: les Chinois n’écrivent pas comme nous. Ils n’utilisent pas des mots mais des idéogrammes, des signes formés, à l’origine, de dessins schématiques.

Les mots avec lesquels on écrit sont les outils avec lesquels on pense.

Chaque langue se bâtit une représentation du monde à partir des termes qu’elle emploie pour désigner et écrire les objets qui l’entourent. Et toutes notent ces termes particuliers de la même façon : à l’aide d’éléments graphiques (lettres alphabétiques ou signes syllabiques) dépourvus de signification propre, servant uniquement pour transcrire les sons des mots de chaque langue.

Seul le chinois utilise des signes graphiques, dépourvus à l’origine de sonorité propre et constitués de schémas imagés.

La différence est fondamentale et va bien au-delà des questions de traduction; elle creuse une véritable muraille interculturelle.

Pour avancer dans la compréhension réciproque, il n’y a alors pas d’autre solution pour nous que de chercher à percevoir directement ce que représentent les signes chinois, au-delà des mots avec lesquels la traduction les réduit en y plaquant nos présupposés culturels.

漢字, hànzì (écriture traditionnelle) et 汉字, hànzì (écriture simplifiée).

Les idéogrammes chinois construisent une vision du monde radicalement différente de celle qui nous est familière, irréductible aux présupposés auxquels l’usage de nos mots nous a habitués.

Cette différence est bien plus importante que ce que l’on croit généralement, car elle se place au niveau du fondement de toute une série d’évidences conceptuelles qui constituent le socle impensé d’une culture.

Nietzsche avait déjà remarqué cette particularité, qu’il appelait le « pli langagier de la pensée« .

Mais, peu au fait de la Chine, il la plaçait au niveau de la grammaire, alors qu’elle se situe plus profondément encore, au niveau de l’écriture des mots et de leur lecture.

« La linguistique a montré que notre vision du monde est entièrement structurée par la langue dans laquelle nous l’interprétons (…). Le langage est une grille d’organisation du réel qu’il marque de son empreinte » *. 

* Léon Vandermeersch, sinologue, numéro spécial de l’Express, « Il était une fois l’écriture », 20 juillet 2006

« Les groupes humains qui écrivent dans des systèmes graphiques différents – idéogrammes, écritures consonantiques des langues sémitiques, alphabet grec – s’inscrivent différemment dans le monde » **. 

Car non seulement « la psyché humaine a tendance à identifier les choses avec le nom qu’elles portent »*, mais la psyché de chaque civilisation considère aussi comme naturels les processus mentaux mis en jeu pour lire les mots qu’elle écrit.

** Clarisse Herrenschmidt, linguiste, dans un entretien au journal Libération, 31 mai 2007

Ce ne sont pas du tout les mêmes processus qui sont mis en oeuvre pour la lecture des mots faits d’une suite de lettres et pour celle des idéogrammes chinois.

C’est pourquoi, pour quiconque s’intéresse aujourd’hui à la Chine, il est nécesssaire de dépasser le niveau de la traduction et d’aller à la source en se frottant directement aux idéogrammes.

Pour nous ouvrir les portes de l’univers et du mode de penser chinois, Cyrille Javary s’est livré à une sorte d’inventaire à la Prévert en racontant les mille et une histoires que contiennent les idéogrammes. Conçus il y a trente-cinq siècles, restés inchangés dans leurs principes, ces signes, qui sont des dessins d’idées, véhiculent des valeurs tout en suivant une logique singulière. Comment font donc les Chinois pour écrire les produits de la modernité tels que Coca-Cola, e-mail ou laser ? Et quels caractères utilisent-ils pour désigner les idées nées en Occident comme « république », « jeux olympiques » ou « liberté » ?
C’est à ce jeu réjouissant et instructif que nous invite Cyrille Javary : découvrir les multiples facettes d’un pays par son idéographie, sans avoir besoin d’apprendre à parler, voire à écrire, la langue chinoise moderne.

 

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