100 mots pour comprendre les Chinois

Arts martiaux 武 術 wǔ shù

Parler des « arts martiaux » chinois est un pis-aller qui gâche une belle idée.

Si le caratère  shù , rendu par « art », pris ici dans son sens d’artisan et non d’artiste, signifie bien : habileté, compétence, celui rendu rendu par « martial »  wǔ, raconte une toute autre histoire.

est formé par la combinaison du signe du pied ( 止 pris ici dans son sens d’arrêter comme dans : juste, correct ) et de l’idéogramme 戈 gē , représentant à l’origine une sorte de lance ou de hallebarde, devenu par la suite le signe des armes en général.

Cepedant, dans le mot wǔ, lassociation de ces deux termes est plus qu’une simple juxtaposition. Le trait oblique inférieur du signe de la hallebarde a changé de place, devenant le petit trait à gauche du grand trait horizontal. Ce détail précise que la hallebarde n’est pas brandie de manière aggressive mais pendue au crochet, c’est à dire rangée. Cette modification souligne le sens global du caractère : « arrêter les armes  » dans sa double signification : arrêter les envahisseurs, et stopper les combats.

La première concerne les militaires en poste aux frontières, la seconde les pratiquants de la voie des arts martiaux.

Aucune ne glorifie les valeurs héroïques et guerrières comme dans les épopées occidentales telles l’Illiade ou La Chanson de Roland.

Dans cette optique, on comprend mieux pourquoi la référence à Mars, dieu de la guerre et des combats, sonne faux dans la traduction de cet idéogramme.

Posant comme fondamental l’arrêt du combat et la maîrise de soi dont doit faire preuve le chevalier, le caractère montre bien que, comme tous les arts-physiques chinois, le wǔ shù est un combat contre soi-même plus que contre un adversaire, une voie de réalisation, un 道 dào que les Japonais pousseront à l’extrême avec le code d’honneur des samouraïs, le Bushido, prononciation japonsaise des trois idéogrammes 武士道 wǔ shì dào, littéralement la voie (道 dào) du lettré (士 shì) soldat (武 wǔ).

Parmi les nombreuses variantes des arts martiaux chinois, il faut citer le Gongfu, 功夫  gōngfu (souvent écrit kungfu), popularisé par les films produits en rafales par les studios des frères Shaw à Hong Kong, deux idéogrammes dont la signification littérale est : une personne accomplie 夫 (fu) dans son art 功 gōng.

Pour nous ouvrir les portes de l’univers et du mode de penser chinois, Cyrille Javary s’est livré à une sorte d’inventaire à la Prévert en racontant les mille et une histoires que contiennent les idéogrammes. Conçus il y a trente-cinq siècles, restés inchangés dans leurs principes, ces signes, qui sont des dessins d’idées, véhiculent des valeurs tout en suivant une logique singulière. Comment font donc les Chinois pour écrire les produits de la modernité tels que Coca-Cola, e-mail ou laser ? Et quels caractères utilisent-ils pour désigner les idées nées en Occident comme « république », « jeux olympiques » ou « liberté » ?
C’est à ce jeu réjouissant et instructif que nous invite Cyrille Javary : découvrir les multiples facettes d’un pays par son idéographie, sans avoir besoin d’apprendre à parler, voire à écrire, la langue chinoise moderne.

 

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